Acrantophis dumerili

 

 

 

 

 

Introduction :

Acrantophis dumerili est l'une des trois espèces de boas endémiques de Madagascar. Elle est inscrite à l'Annexe I de la CITES depuis 1977 et par conséquent son commerce est strictement réglementé. On trouve Acrantophis dumerili dans le tiers sud de l'île, de l'ouest au sud-est.

 

Description :

Ce boa de taille moyenne atteint une longueur d'environ 200 cm voire 220 cm à l'âge adulte pour les très gros spécimens. Mes spécimens (1.3) mesurent respectivement 180 cm (mâle de 7 ans), 190 cm (femelle de 7 ans), 160 cm (femelle de 5 ans) et 110 cm (femelle 2 ans). La tête est trapue avec des écailles petites et arrondies, reliée à un corps massif. La queue est courte et arrondie. Le motif du corps est composé latéralement de losanges surmontés de dessins en forme de croix. Une autre caractéristique de cette espèce, c'est le manque de fossettes thermosensibles sur les supralabiales ou les infralabiales.

 

Reproduction :

Acrantophis dumerili appartient à la famille des Boïdés sous-famille des Boïnés. Il est par conséquent ovovivipare. Cette espèce n'est pas considérée comme difficile à reproduire car depuis de très nombreuses années il est régulièrement reproduit en captivité et aujourd'hui en Europe on peut très facilement se procurer des spécimens. Pour tout projet de reproduction il faut s'assurer que l'on possède un couple, ce qui est chose aisée puisque chez Acrantophis dumerili , comme chez les autres espèces de boas de Madagascar, le mâle possède des éperons cloacaux visibles et les femelles en sont complètement dépourvues (affirmer les contraire ne serait que mensonge) et quelques éleveurs tentent quand même de bluffer en assurant que seul le sondage fait foi et qu'ils ont sondé leurs animaux.

 

 

 

 

 

 

 

 


La maturité sexuelle chez A. dumerili arrive à l'âge de 3 ans pour les deux sexes. Je pense même que les mâles peuvent se reproduire à l'âge de 2 ans mais je n'ai pas encore pu le vérifier. Je loge mes serpents individuellement. Quand la saison de reproduction approche, de fin septembre pour les plus précoces à fin décembre pour les plus tardifs, un les mâles vont cesser de s'alimenter et ignoreront toute proie qu'on leur présentera. Je ne joue pas pour ma part sur les températures car c'est un cycle que les serpents ont pris et il me semble qu'ils sentent les changements de saison. C'est alors le moment que je choisis pour leur présenter la mue d'une femelle fraîche entièrement déroulée et voir comment ils vont réagir. Le mâle va alors très rapidement parcourir la mue avec de nombreux coups de langue et j'ai même pu en observer un qui se frottait à elle comme s'il jouait en la faisant tourner dans tous les sens. Bien qu'avec l'expérience je n'aie plus besoin de ce stimulus pour savoir qu'il est entré dans le cycle de reproduction, je suis convaincu que le fait de lui présenter la mue augmente son envie de reproduction. Il m'arrive parfois de retirer la mue au mâle et de la lui remettre quelques heures après. La mue peut rester avec le mâle plusieurs jours mais je choisis souvent de ne la laisser que quelques heures.

Pour cette espèce un seul mâle suffit et le combat entre mâles n'est pas nécessaire. Une fois que le mâle est bien stimulé, je place celui-ci dans le terrarium de la femelle. La réaction ne se fait pas attendre et le mâle commence à parcourir le terrarium en donnant de grands coups de langue rapides, s'arrêtant souvent dans des endroits du terra où les coups de langues se font moins rapides et moins nombreux mais plus précis. J'ai observé plusieurs comportements chez les femelles. D'abord j'en ai vu une qui réagissait en fuyant avec le cloaque ouvert et en urinant devant le mâle qui la suivait et j'ai même vu une fois une femelle qui avait déféqué. Par conséquent je ne nourris plus mes femelles au moins 2 à 3 semaines avant. Ensuite, j'ai vu une femelle qui ne réagissait pas ou peu et l'accouplement eut lieu en moins d'une heure. Le mâle qui suivra une femelle avec insistance se mettra dans son axe sur toute sa longueur et utilisera ses éperons pour la stimuler. Une fois que la femelle se sera immobilisée, il montera sur elle et en faisant jouer ses éperons sur les flancs de celle-ci reculera sa queue de façon à passer sous la sienne en essayant de la soulever. Une fois que l'accouplement aura lieu le couple sera d'un calme olympien et seuls quelques hochements de la tête du mâle viendront à intervalles réguliers perturber la quiétude de ces deux corps enlacés.

Il y a une idée qui est parfois avancée sur le fait qu'une femelle puisse ovuler sans la présence d'un mâle et qui réabsorbe ses ovules si elle n'est pas présentée à celui-ci. Jusqu'à aujourd'hui je n'ai jamais remarqué d'ovulation chez des femelles qui étaient seules quelle que soit l'espèce de boa de Madagascar. Je pense par contre à l'idée de la fenêtre d'opportunité qui fait que la femelle peut déclencher des ovulations qui mèneront à des fécondations sur une période plus longue que celle des mâles qui est relativement plus courte. Une fois que le premier accouplement a eu lieu le processus de reproduction est enclenché. D'après mes observations, j'ai pu voir que les A. dumerili s'accouplaient de nombreuses fois jusqu'à l'ovulation qui est symbolisé par un gonflement du corps de la femelle comme si elle avait mangé une grosse proie mais aussi après. Il ne va durer que de quelques heures à quelques jours suivant les femelles et ce n'est qu'après ce moment là que l'on peut considérer qu'une femelle est gravide. En revanche, déterminer l'accouplement qui a été le bon est très difficile à prouver et même s'il y a stockage de sperme, le fait que le mâle s'accouple aussi après l'ovulation il n'y a pas de raison d'éliminer un accouplement post ovulation comme étant celui qui fécondera la portée. Je n'ai à ce jour observé que des portées composées de serpenteaux vivants, sans ovules non fécondés ni mort-nés.

Ma première reproduction d'A. dumerili commença en octobre 2002 avec les premiers accouplements et la naissance eut lieu en août 2003. Le couple était âgé de 4 ans et demi au moment des accouplements et la femelle avait 5 ans au moment de la naissance des bébés. J'eus 16 bébés, 0 ovule non fécondé et 0 mort-né. En novembre 2003, le même mâle fut placé avec une femelle de 3 ans et demie. La naissance comptait 12 bébés, 0 ovule non fécondé et 0 mort-né. Dans les deux cas le mâle resta au moins 4 mois avec les femelles. Je retire le mâle uniquement quand j'ai la certitude qu'il a perdu tout intérêt pour la femelle. J'ai choisi aussi de ne pas alimenter les femelles pendant la gestation ce qui fait qu'elles jeûnent en moyenne environ 9 mois du début des accouplements à la naissance. C'est peut-être la raison pour laquelle mes femelles ne se reproduisent qu'une fois tous les deux ans mais une reproduction annuelle chez les femelles dumerili me semble peu probable. La taille maximale des portées chez A. dumerili peut atteindre plus de 20 serpenteaux mais les preuves manquent et c'est la raison pour laquelle je m'en tiendrai à mes résultats personnels.

Quelques éleveurs ont même fait de l'hybridation entre Acrantophis dumerili et Acrantophis madagascariensis . Je trouve cette pratique plutôt néfaste si les bébés doivent être ensuite cédés, mais par contre, je suis pour celle-ci si le but recherché est d'intérêt scientifique. Je ne sais pas si dans l'avenir j'en produirai mais il y a quelques questions que je me pose dans ce domaine et j'aimerais bien avoir les réponses. Il n'est à ce jour pas prouvé que les deux espèces s'hybrident naturellement à Madagascar, donc affaire à suivre.

 

 

 

 

 


Nouveau-nés :

Les serpenteaux de cette espèce viennent au monde dans une enveloppe qui n'est ni plus ni moins qu'un œuf sans coquille parcheminée et qu'ils déchirent par eux-mêmes en poussant avec leur museau soit parce que celui-ci se déchire lors de la naissance. Un phénomène curieux est que chez A. dumerili comme chez A. madagascariensis , les petits, après avoir pris leur première respiration à l'air libre muent dans les minutes qui suivent leur naissance. Je les place alors individuellement dans des boîtes avec un récipient d'eau et c'est là qu'ils passeront les premiers mois de leur vie.